lundi 30 avril 2018

Penser la tragédie écologique, par Simon Charbonneau



Penser la tragédie écologique

Par Simon Charbonneau.




L’auteur du Prix de la démesure revient vers nous avec une tribune percutante et engagée sur la manière dont les médias abordent l’écologie.



   

Contrairement à ce qui se passait il y a encore moins de trente ans, les informations relatives au désastre écologique en cours ne manquent pas, quitte d’ailleurs à présenter le défaut de la surabondance.
Mais, c’est surtout la forme et le contenu de cette présentation qui pose problème. Observons d’abord le fait significatif que ces informations font toujours l’objet d’un traitement particulier comme dans « Le Monde » où une page spéciale leur est consacrée sous le titre Planète alors que son supplément économique ne fait jamais mention des problèmes écologiques posés par ce qui est toujours présenté comme des avancées économiques ou technologiques pour l’humanité. Comme l’huile et l’eau, ces deux catégories d’informations ne sont jamais mises en interface au risque de masquer les vraies questions.
D’autre part, l’espace médiatique a toujours tendance à simplifier ou à tordre le sens des informations relatives aux questions d’environnement par le jeu de slogans ou de formules stéréotypées qui prétendent tout faire comprendre à l’opinion ! Il y a des abus de langage qui en fait sont destinées à occulter la gravité du désastre, tels que « durable », « transition », « économie circulaire », etc. destinés à éviter toute remise en question, en particulier de notre mode de vie occidental mondialisé.


On peut même dire que les pratiques rhétoriques dans ce domaine sont celles de la « novlangue » chère à Orwel dans son « 1984 » ! Dans une société qui cultive l’obsolescence de nos objets quotidiens et de nos cadres de vie, que veut donc dire un oxymore comme le « développement durable » ???
Il y a même des expressions étonnantes comme « sauver la terre », reprises d’ailleurs par des écolos qui se veulent durs et purs alors qu’il s’agit là du comble de l’esprit prométhéen à l’origine de toutes les dérives actuelles et à venir comme la « géo ingénierie » censée répondre au réchauffement climatique. Comme l’a montré une récente vidéo du « National Géographic », ce n’est pas la planète qui est menacée de destruction, mais l’humanité elle-même et ceci par sa propre faute.


Autrement dit, ce qu’il faut maintenant envisager sérieusement, c’est l’hypothèse du suicide de l’humanité par son développement incontrôlé rendant finalement la terre inhabitable, cette dernière étant parfaitement apte avec le temps à s’en remettre par la suite, malgré des écosystèmes certes transformés, mais aussi régénérés !

Compte tenu de l’accélération des processus de destruction en cours, c’est à l’évidence cette hypothèse qu’il faut retenir, aussi tragique soit-elle. Non pas pour s’abandonner à « la fatalité du progrès » comme certains esprits cyniques nous le laissent entendre, mais au contraire pour prendre toutes les dimensions du défi !  
C’est ici que se situe d’ailleurs le nœud du problème, à savoir le fait d’avoir le courage d’une prise de conscience qui concerne chacun de nous, malgré le fait qu’il soit vraiment tard pour s’y attaquer au regard des premières alertes officielles datant d’au moins cinquante ans. Or, jusqu’à présent, la majorité des pays responsables de cette situation dramatique, en particulier l’oligarchie des dirigeants, a pratiqué une politique de faux semblants. L’Accord de Paris de 2016 en est l’illustration éclatante. Dans un même temps, cette majorité a continué à faire prospérer les causes de destruction en raison de son addiction à la religion de la croissance. Significativement, les seules réponses officielles à ce défi sont toujours d’ordre technoscientifique et économique, reprenant ainsi la manière de penser qui est à l’origine des problèmes que l’on prétend résoudre !

Par delà le « présentisme » de notre société et les fausses questions qu’elle véhicule, celle de l’avenir de l’espèce humaine reste donc aujourd’hui la principale à laquelle il serait temps de penser. Mais peut-être nous dépasse-t-elle et est-ce trop tard en raison de la puissance du processus en cours illustrant l’anthropocène ?





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